Pierre Bensusan : L’interview Mac & Guitare !

Interviewé par Dan & Doc Mac

5 questions Mac, 6 questions guitare :

A propos de ton utilisation d’un micro-ordinateur Apple Macintosh :


- 1) Comment en es-tu arrivé au Mac ?
Mon premier ordi était un Atari. Mac a toujours eu la réputation d’être plus intuitif, plus simple à utiliser, plus imperméable aux virus que le monde PC et plus « musician friendly ». Plusieurs amis travaillaient déjà sur Mac et j’ai franchi le pas très naturellement, avec l’aide de quelques personnes que j’ai bien scouattées, sans elles, je n’y serais jamais arrivé.

- 2) Quels sont les avantages que tu en tires ?
Je travaille avec Mac depuis 10 ans et j’en tire tous les avantages, notamment celui de ne pas avoir à me prendre trop le chou avec l’informatique, même si c’est déjà complexe. On est tous des mutants.

- 3) Quelle part tient le Mac dans ta création ou la préparation de tes oeuvres ?
Je l’utilise principalement pour le bureau, le visuel et le studio. J’enregistre et fais toute ma post prod. avec 2 G4.

- 4) Utilises-tu le Mac sur scène, et si « oui » pour quelles fonctions ?
Non, pas d’ordi sur scène ! … un jour peut-être, pour piloter quelques effets plug ins (reverb, EQ,…)

- 5) L’arrivée du G5 et de Mac OS X Panther te procurera-t-elle l’envie de sauter le pas vers ces nouvelles machines, et quels sont les avantages que tu comptes en tirer ?
Je n’y ai pas encore pensé. Je crois que je vais faire encore un bout de route avec mes 2 G4.

C’était le 31/05/2003 lors du concert de Pierre Bensusan et Michel Haumont à Paris : j’ai eu l’occasion de déjeuner avec Pierre vers 13h et donc d’effectuer l’interview en direct puis de discuter avec Michel Haumont lors de leur répétition- Dan.)

A propos de la guitare en général :


- 1) Qu’est-ce qui t’a poussé à t’orienter très jeune vers la guitare après avoir pris des cours de piano ?
Le hasard, mon père qui m’a mis ma première guitare dans les mains et la musique Folk. J’adorais chanter Dylan, Brassens, du country Folk US, Celtique et British… et jouer des airs de danse. La guitare m’a aidé à « sortir », le piano, c’était plus « dedans ». Je n’ai jamais rencontré de filles avec le piano, faut dire que je n’avais que de 7 à 10 ans… !

- 2) Si tu ne devais citer qu’un seul guitariste quant à tes influences, lequel choisirais-tu et pour quelle(s) raison(s) ?
Paco de Lucia, pour son univers, sa vision de la musique et sa manière de la transposer sur l’instrument. Aucun guitariste ne m’a plus touché.

- 3) Lorsqu’on parle des styles dans le domaine de la guitare, le « Fingerstyle » est un terme qui regroupe en fait beaucoup de « jeux aux doigts » assez différents parfois, comment pourrais-tu définir le tien au sein de ce « fingerstyle » justement ?

Je ne sais pas… j’ai une approche d’autodidacte et en même temps académique, en m’inspirant beaucoup de ce qui se fait dans le Classique et le Flamenco et aussi en étant curieux de comment d’autres guitaristes utilisent leur main droite. Comme je suis soliste, je travaille et fouille mon instrument de manière à développer une technique universelle et polyvalente qui me permette de tout faire aux doigts. Une technique de pianiste en fait. Quand je joue en duo, trio ou en groupe, j’ai un jeu plus aéré pour laisser la place aux autres. C’est aussi pour cette raison que j’adore les rencontres.

- 4) À quoi (quelle sensibilité) correspond ce choix de « DADGAD » au niveau de ton « accordage » préféré de l’instrument ?
A la base, à une sensibilité plus orientale, contemplative… C’est une approche différente qui crée une ouverture vers un monde sonore différent, en créant des ponts géographiques. Il y a le standard et pleins d’autres manières de s’accorder (cf Joni Mitchell). J’ai choisi de me focaliser sur un accordage plutôt que d’en utiliser une dizaine – comme jusqu’à la fin des années 70 – et d’en faire mon standard. Je voulais que mon jeu de guitare soit le plus personnel possible, que l’on puisse m’identifier dès les premières notes. C’est comme ça que j’ai réellement appris à jouer et à connaitre mon manche. Au départ, cet accordage m’a fait développer une inspiration propice pour l’interprétation de musiques traditionnelles.

En évoluant et cherchant, en développant la composition, la pratique des gammes, des modes, en étudiant l’harmonie, j’ai emmené cet accordage partout avec moi. Il est dommage que beaucoup de guitaristes jouent en « open » sans vraiment approfondir, en restant à la surface, immédiate et flatteuse des sonorités résonnantes, ils en arrivent souvent à sonner de la même manière. L’accordage utilisé n’est qu’un outil, un stimulant, l’essentiel, c’est le projet musical. Il y a tellement de bonne musique et de bons musiciens, que l’on s’inspire tous les uns des autres.

- 5)  Ton école de guitare a-t-elle produit des « émules » ?

Beaucoup d’émules mais paradoxalement, malgré les 2 videos et 4 méthodes et recueils que j’ai écrits, je ne pousse personne à jouer en Dadgad. L’accordage est secondaire, même si on le regarde à la loupe pendant les stages. J’essaye de créer des options et des angles de visions différents pour mes visiteurs. Il ne doit y avoir aucune ambiguité : en suivant l’écriture solfège, la plupart de mes morceaux peuvent être joués en Standard (avec parfois basse de Mi descendue en Ré). Je donne 4 stages résidentiels par an. Ca me donne l’occasion de faire de belles rencontres et d’apprendre beaucoup, notamment à communiquer et faciliter l’expression de la musique chez les autres. C’est un travail sur l’écoute, la tolérance, la patience, la philo et le partage.

- 6) Comment vois-tu l’avenir du style que tu as développé ?
Je citerais Pat Metheny : « le plus bel hommage que tu puisses rendre à un musicien que tu admires est de trouver ton propre style ». Mais une fois trouvé ce style, il faut encore le dépasser pour entrer dans le language pur. Tu ne te poses plus la question schyzo de savoir qui tu es. Tu es ! Je visualise et entends bien ce que j’aimerais jouer et fais tout pour lui donner corps, en travaillant l’intimité avec l’instrument, le spontanné, l’intuitif, en perfectionnant sans cesse ma technique. Le but étant, je crois, qu’on ne distingue plus de style, de vocabulaire, de citations, de tics de language mais uniquement des moments inspirés et incarnés, avec pleins de reliefs, de la musique.

- Interview réalisé pour « Mac et guitare »© par Macdan et DocMac.

Grand merci à toi, Pierre, d’avoir pris sur ton temps pour répondre à nos questions et nous te renouvelons nos amitiés.

Visitez le site de Pierre Bensusan

(NB : les textes et médias publiés sur cette page restent la propriété exclusive de « Mac et guitare©1997-2007″ et des artistes concernés. Toute utilisation, même partielle, de ces données devra être soumise à l’autorisation de la rédaction de M&G. Merci par avance de votre respect envers les auteurs et les artistes.)