Voici la chronique d’une journée passée à « Jazz à Vienne » ….
Sous une chaleur de plomb, le train dans lequel je me trouvais s’arrête en gare de Vienne, c’est une petite gare qui fait un peu penser à ces gares du far-ouest : au loin un grand gars me fait un signe de la main, c’est Hary, le batteur du « Céline Bonacina trio » et je me retrouve sur place avec Céline et Heloïse, une sympathique photographe arrivée de Marseille.
Il fait si lourd que nous commençons par boire une eau pétillante et, tout en discutant, mon regard se porte sur l’environnement… Du béton, des bars et du béton mais, voyageant depuis longtemps un peu partout, je ne m’arrête pas à cette première vision sachant que ce n’est que l’héritage architectural des années 65 à 80 qui tentait à l’époque de « faire moderne » tout en saccageant allègrement un grand nombre de maisons et de bâtiments de qualité…
Bref, nous avons dépassé largement l’heure de midi et, votre serviteur chargé comme un âne avec son appareil et ses objectifs, part en compagnie de ses amis vers un petit restaurant où nous retrouvons le bassiste Nicolas Garnier après avoir escaladé une belle côte … Toujours sous un soleil de plomb : les 35°C extérieur étant largement dépassés.
Je vous passe les détails du repas après lequel nous nous séparons, et je pars en compagnie d’Heloïse chercher mon accréditation après avoir encore escaladé une très belle côte… Nous arrivons dans les bureaux : accueil des plus chaleureux et le sourire sympathique des jeunes femmes qui nous accueillent nous font oublier notre escalade.
On entend une batterie, un joli son de guitare qui monte des salles de répétition.
Mon regard passe en revue les fenêtres de ce grand bureau, magnifique vue sur des toits, je tourne vers la droite et découvre une vue partielle du théâtre antique d’une beauté renversante, oui, c’est bien là que j’opèrerai ce soir…
Après ce passage dans les bureaux de « Jazz à Vienne », nous redescendons de « la montagne » direction l’hôtel dans le bas de la ville : quelques heures à perdre avant de foncer à la « balance » pour nos amis du « Céline Bonacina Trio ».
Un camarade habitant Vienne m’avait envoyé un message, sachant que je venais en me disant : « va voir la vieille ville, elle est magnifique », et c’est ce que j’ai fait en très peu de temps pour un simple repérage, pensant revenir le lendemain pour faire quelques clichés. Au bout d’une petite rue étroite, première émotion avec ce temple gallo-romain en pleine forme :
… et puis cette cathédrale qui trône majestueusement, deux rues plus haut :
Ce genre de festival repose sur des dizaine de bénévoles qui sont originaires de cette ville où rien ne nait par hasard : si vous vous rendez à « Jazz à Vienne » l’année prochaine, prenez le temps de visiter cette ville car, outre les magnifiques lieux chargés d’histoire, il y a aussi de sympathiques commerçants qui, de par la configuration de la ville, n’ont que peu de retombée du « Festival »… et pourtant toutes les boutiques font de la pub pour « Jazz à Vienne »… alors prévoyez également des plages de détente en ville l’an prochain !
L’heure de la « balance arrive », je retrouve nos trois amis à l’arrière de la scène du Théâtre Antique : sur scène, des techniciens mettent en place un énorme « Bösendorfer », un homme mince et élancé s’en approche, c’est François-René Duchable, pianiste passionnant, passionné, qui semble prendre un réel plaisir à être là et… on peut le comprendre : habitué aux scènes du monde « Classique » dans lesquelles rien ne déborde et où la convenance ne déroge jamais, ici, par contre, l’artiste se retrouve dès la balance avec une nuée de photographes autour de lui et qui, comme les musiciens qui tournent autour, prennent un réel plaisir à l’entendre jouer. Séquence émotion (c’est personnel), voici que François René m’envoie droit au cœur quelques notes de Satie, à pleurer tellement cette courte interprétation excellait en tout point…
Le pianiste semble se détendre, pourtant pour lui, ce soir, lors du concert, ce sera assez spécial : il fera le lien entre musique classique et Jazz et interviendra entre les morceaux… Et c’est une première que cette invitation d’un musicien classique à « Jazz à Vienne » … Une affaire à suivre !
C’est au tour du « Céline Bonacina Trio », eux qui pensaient que leur balance serait un moment pénible avec tout le retard pris mais… tout se met en place rapidement et je n’ai encore jamais vu, Céline, Hary et Nicolas aussi « zen » … Le calme avant la tempête, sûrement
!
Après cette ultime étape, une petite heure de détente en vidant les réservoirs d’eau mis à disposition et hop… c’est l’heure !
En ouverture de cette soirée, nos amis du « Céline Bonacina Trio » avec un « son » impressionnant, comme si une armée d’instruments s’abattait sur vous d’un seul coup et avec un public aux anges dès les premières notes !
De bout en bout, c’est un sans faute, musicalement tout comme au niveau du jeu de scène, nos trois amis prennent un réel plaisir à jouer, s’amusent sur la scène, Céline rayonne avec ses saxophones, le public aime, Hary qui nous fera quelques solos de batterie à nous coupler le souffle : rien de bien étonnant puisque nombre de personnes (dont je fais partie) pensent que c’est l’un des meilleurs batteurs actuels… délicat et inventif !
Nicolas Garnier à la basse est, lui aussi, tout en puissance et délicatesse, souriant et semblant prendre un réel plaisir lors de ce concert, malheureusement trop court … Mais vu le nombre de concerts programmés ce soir, difficile de faire plus long.
Le concert du trio s’achève, tonnerre d’applaudissement devant environ 5000 à 7000 personnes, impressionnant ! Ils en redemandent et nos trois amis feront un morceau supplémentaire dans une ambiance survoltée qu’ils ont créée en début de concert et en quelques minutes.
Ils ont mis le feu, mon petit cœur bat à cent à l’heure, ravi de voir le succès largement mérité que nos amis ont rencontré ce soir.
Beau succès, bravo les amis, le trio sort de scène, je les rejoins, direction la dédicace des disques (à côté du podium), Céline signera des dizaines de pochettes avec son sourire et sa gentillesse légendaires, pourtant elle est certainement épuisée entre le concert et la chaleur ambiante …
Cette étape me semble interminable… à peine fini je pars avec Céline à la recherche d’un verre d’eau, puis deux, puis trois, il fait chaud, très chaud, on papote, on rigole et une attachée de presse demande à Céline de rejoindre le studio de « France Inter » plus vite que prévu car Bobby Mac Ferrin a un peu de retard et il va falloir que les 140 choristes prennent place sur scène…
François-René Duchâble est toujours sur scène, ovation sur ovation après chaque morceau… Nous filons vers le studio de « France Inter », ambiance feutrée, lumière tamisée, Elsa Boublil nous invite à entrer avec beaucoup de gentillesse, un large écran nous renvoie l’image du pianiste sur scène.
L’interview commence, le programmateur( tout comme Elsa) semble particulièrement apprécier la musique du trio, un premier titre est diffusé sur « France Inter »… un grand homme noir entre dans le studio, large sourire, c’est Bobby Mc Ferrin qui salue tout le monde et prend place derrière l’un des micros.
Rapide interview de Bobby (qui doit se mettre en place sur scène), puis il quitte le studio au moment où François-René Duchâble salue le public la main sur le cœur : applaudissement interminables, et, là encore, succès mérité… l’interview de Céline reprend, la mise en place des 140 choristes prend plus de temps que prévu et, au total, ce seront 6 titres du « Céline Bonacina Trio » qui seront diffusés à une heure de grande écoute, tout ça sans que rien n’ait été défini à l’avance.
L’interview se termine… je fonce rejoindre le bas de la scène pour prendre quelques images de Bobby McFerrin (un « showman » incroyable jouant autant avec ses 140 choristes qu’avec le public et faisant le lien entre musique classique et Jazz), le spectacle est magique, magnifique, presque irréel dans ce théâtre antique…
Là encore, il y aura plusieurs rappels avec un public survolté : Bobby McFerrin est un immense professionnel pour lequel on ne peut utiliser que des tonnes de superlatifs, alors je dirai simplement : « bravo l’artiste ! »
Il est déjà très tard, avec mes 17kg de matériel je commence à ressentir la fatigue, j’aurais aimé rester jusqu’au passage de Piers Faccini et Vincent Segal : du vrai, du bon, mais il aurait fallu tenir jusqu’à 5h30 du matin au minimum … Ce sera donc pour une autre fois.
J’ai donc terminé un peu avant trois heure du matin avec Lee Fields et son groupe « The Expressions » : je connaissais déjà les qualités de ce chanteur et de son groupe dans lequel il y a, entre autres, un excellent guitariste (la Soul Music est toujours agréable à entendre), seulement là, l’ingénieur du son a fait un travail exécrable, forçant les musiciens et le chanteur à jouer « à fond » et, au final, c’était un véritable massacre sonore pour le public.
Il faut pourtant saluer le travail de ce groupe, car Lee Fields (que j’ai déjà rencontré dans d’autres endroits ! est un excellent chanteur et ses musiciens sont parmi les meilleurs du genre.
Lee Fields aura su, malgré tout, assurer le show avec une incroyable énergie, habillé façon années 70 et remettant au goût du jour une ambiance digne des studios « Motown ».
Pour conclure, je dirai que « Jazz à Vienne » est certainement le dernier festival de Jazz en France qui ne cède pas aux sirènes du marketing en mélangeant les dernières productions de variété des majors avec le Jazz et que, par conséquent, cela en fait certainement le meilleur festival de Jazz en France actuellement où vous pouvez entendre d’excellents artistes et faire d’extraordinaires découvertes.
Un public hors du commun fait de passionnés qui soutiennent les artistes sans défaillir, le tout reposant sur une incroyable quantité de bénévoles qui se « plient en quatre » pour tous avec énormément d’écoute et de gentillesse.
Je remporte avec moi plein d’images, que ce soit de ces magnifiques artistes que j’ai croisés avec lesquels j’ai échangé quelques mots ou bien, encore, des visages de ces bénévoles que j’ai croisés, remplissant humblement leur mission, ce qui fait le coté unique de « Jazz à Vienne », c’est cette parfaite alchimie et les trente ans du festival qui ont été dignement fêtés qui comptent pour beaucoup… une machine bien huilée qui a su garder son authenticité.
Doc Mac


























