Interview du guitariste Pierrejean GAUCHER

Le nom de ce guitariste ne vous est certainement pas inconnu si vous suivez régulièrement nos diverses rubriques musicales : nous vous avons parlé récemment de son dernier album intitulé « Melody Makers II » contenant une dizaine de compositions arrangées au sein du trio qu’il forme avec les excellents instrumentistes que sont Clément Petit (violoncelles) et Cédric Affre (batterie – percussions).

Pierrejean est un musicien de talent doté d’une solide technique « guitare » : de par son intérêt pour le Jazz, le Rock et la Pop anglaise, il a su créer une passerelle entre ces différents styles et s’entourer d’excellents instrumentistes pour nous offrir une « atmosphère musicale » très originale dans laquelle nombreux sont ceux qui prendront grand plaisir à entrer ! … mais, plutôt qu’un long discours, je vous suggère vivement d’écouter sa musique, de vous procurer ses albums et puis, pour en savoir plus sur son parcours musical, de visiter aussi son site Internet !

Pour ma part, je vous propose ici de faire connaissance avec cet excellent guitariste par le biais de quelques questions que je lui ai posées (à l’attention des visiteurs de M&G aussi, bien sûr) et auxquelles il a gentiment accepté de répondre !

1 – Dan (pour M&G) : Bonjour Pierrejean, peux-tu nous dire d’abord comment t’est venu le goût pour la musique et la guitare  en particulier ? Quel fut le « déclic » en faveur de cet instrument ? Comment s’est passé l’apprentissage, le développement de ton jeu… ? Quelles furent tes influences éventuellement ?  Te rappelles-tu de tes premières scènes ? Présentais-tu, alors et déjà, des compositions ?

réponse Pierrejean G. : En fait, je n’ai commencé la musique qu’assez tard, vers 14-15 ans. Je voulais d’abord être dessinateur de BD, mais la fréquentation de quelques copains « gratouilleurs » au collège m’a vite convaincu que c’était plus efficace pour aborder les filles :-D . Plus sérieusement, cette envie de basculer du crayon au médiator a coïncidé surtout à mes premières écoutes de disques d’ado, achetés avec mon argent de poche. Quand j’ai commencé à écouter les disques de Deep Purple, Pink Floyd, Led Zep, The Who, etc… je fermais les yeux dans ma chambre et mimais le fait de jouer en même temps. Déjà précurseur de « air guitar » ! De fait, j’ai d’abord commencé à me bricoler une guitare (si on peut l’appeler ainsi ;-) …) avec 3-4 morceaux de bois collés ensemble et des clous collés en travers d’un pseudo manche pour simuler les barrettes ! Pour l’amplifier, un micro de minicassette glissé dans la caisse sous les cordes, le tout branché donc sur l’entrée du minicassette. Bref, un son très grunge bien crade sans avoir besoin de pédales :shy:  ! Bon, tu imagines que cela m’a vite semblé limité, sans compter l’état des doigts au bout de quelques jours vu que je n’avais pas assez bien limé les clous :roll:  ! De fait, j’ai vite fais comprendre à mes parents qu’il me fallait une « vraie » guitare et les cours qui allaient avec. Cela a été le début de 3-4 années de cours privés à droite à gauche pour choper les bases. Il faut savoir qu’à cette époque (fin 70), les écoles de Jazz ou de « musiques actuelles » n’existaient pas encore et les conservatoires te considéraient trop vieux passé 12-13 ans pour commencer la musique !

Parallèlement aux cours, j’ai beaucoup écouté et repiqué de guitaristes sur les disques (on a du mal à imaginer qu’alors les vidéos et youtube n’existaient pas :roll: ) ! Je crois que le premier solo que j’ai tenté de rejouer était celui de « Smoke on the water ». Puis, j’ai vite bifurqué vers des musiques de plus en plus « sophistiquées », notamment le Rock progressif (Yes, King Crimson…) avant de m’initier au Jazz via le Jazz-Rock naissant à l’époque, notamment le Mahavishnu Orchestra. En résumé, si je devais citer les noms des guitaristes qui ont le plus marqué mon apprentissage, je dirais Ritchie Blackmore, Steve Howe, John Mc Laughlin… Plus tard, plus à fond dans le « vrai » Jazz, j’ai beaucoup écouté Pat Martino, George Benson et bien après évidemment, toute la génération Metheny, Scofield, Abercrombie… 

Alors que je réfléchis aux réponses que je t’apporte, je constate que j’ai très vite été plus tenté par les guitaristes électriques qu’acoustiques, mais cela s’est rééquilibré depuis. Aussi et curieusement, je me suis rendu compte plus tard que j’étais pas mal passé à coté d’Hendrix ou de Django à l’époque. Aujourd’hui avec l’âge, je constate que les guitaristes qui me touchent le plus, sont ceux qui jouent le moins de notes, comme Jeff Beck ou Bill Frisell  (mais ça ne m’empêche pas d’être admiratif et pantois devant le jeu de Bireli Lagrène ou de Steve Vai   :-) …) !

Pour finir de répondre à cette première question déjà bien vaste, mes premières scènes n’ont rien de mémorable, elles consistaient à animer les quelques boums et kermesses locales avec des reprises Rock diverses (Beatles, Stones, Creedence, Santana…) en espérant qu’une fille me remarque à coté du batteur :rotfl:  ! En revanche, le premier concert de mon groupe « Abus Dangereux » qui a démarré avec des copains de lycée, était, je crois à la MJC de St Cloud en 78. Dès ce premier concert (comme pour mon premier disque), je ne jouais que mes compositions. Cela me semblait alors logique d’abandonner les « reprises » à ce stade où je venais de décider d’en faire mon métier. Curieusement, je n’y reviendrai que 15 ans plus tard.

2 – Dan (pour M&G) : En dehors du trio actuel dans lequel tu joues (et sur lequel nous allons revenir), tu as connu d’autres formations musicales : je pense en particulier au groupe « Abus », au duo avec le guitariste Christophe Godin ou encore au trio formé avec Daniel Yninec à la basse et André Charlier à la batterie… Comment perçois-tu l’évolution de ta musique jusqu’à aujourd’hui au sein de ces diverses formations (jeu, inspiration…) ?

réponse Pierrejean G. : J’avoue ne pas trop me poser ce genre de questions, j’avance au fil de mes envies et des univers que je veux développer avec le temps, aussi bien sûr en fonction de ce que je découvre et écoute. La période Abus a duré près de 12 ans (environ 300 concerts jusqu’en Amérique du Sud et 8 albums) et c’est clair que j’étais alors plus passionné par l’écriture pour le groupe plutôt que par l’instrument qui me servait surtout de « crayon ». Il m’est même arrivé à une époque de me poser sérieusement la question de savoir si je mettais ou non un autre guitariste à ma place dans le groupe ! En effet, il m’arrivait parfois d’écrire des trucs que j’étais incapable de jouer :roll:  !

Dans les années 90, après la période « Abus », les 2 albums du New Trio ont corrigé le tir et j’ai « redécouvert » mon instrument, tout en en prenant plus de risques en tant qu’improvisateur. C’est aussi à partir de cette époque que j’ai commencé à jouer la musique des autres en parallèle. Cela m’a fait alors beaucoup de bien de reprendre et réadapter ainsi à ma sauce la musique de gens qui m’avaient marqué plus jeunes, comme par exemple Frank Zappa à travers le projet Zappe Zappa (1998). C’est depuis un moyen, pour moi, de me ressourcer pour aller plus loin dans mon écriture.

Puis, les projets qui ont suivi depuis les années 2000 ont continué d’alterner entre ce besoin de composer régulièrement : Phileas Band (2000), La Fontaine et le Gaucher (2005), et celui de jouer d’une façon plus libre comme avec Godin en duo : 2G (2007).

Le trio d’aujourd’hui (Melody Makers) essaye en fait de faire cette synthèse entre le compositeur et le guitariste :-D  !

Finalement, ce qui caractérise ma première période (1980/1992), c’est que je me suis épanoui et construit à travers un projet précis (Abus) même si beaucoup de musiciens différents (certains illustres aujourd’hui) ont croisé la route du groupe. En revanche et depuis le milieu des années 90, j’aime changer régulièrement de « véhicule » afin de ne pas tomber dans une certaine routine, et me remotiver à chaque fois à travers une nouvelle direction artistique. C’est le cas du trio actuel.

3 – Dan (pour M&G) : Revenons donc au présent et au trio que tu formes avec Clément Petit et Cédric Affre : une association qui est à l’origine des albums intitulés « Melody Makers » et « Melody Makers II ». Le trio semble être une formule qui te convient bien :-D  : quels étaient les buts recherchés dans le choix des instruments pour ce trio ? Que peux-tu nous dire des musiciens Clément et Cédric qui t’accompagnent ? Comment composez-vous et traitez-vous les arrangements au sein de la formation ?

réponse Pierrejean G. : Comme je viens de te l’expliquer, ce trio est né de la nécessité de trouver une formule qui me changeait de mes expériences passées. Aussi, si j’avais déjà pratiqué le trio dans les années 90, c’était sous une forme assez « classique » (guitare-basse-batterie). Il se trouve qu’entre 2000 et 2010, j’ai dirigé la classe de guitare de l’école du violoniste Didier Lockwood (Cmdl).

De fait, j’y ai croisé beaucoup de « cordes » et j’ai rencontré par hasard le violoncelliste Clément Petit à qui j’ai proposé l’aventure. Ce qui m’a tout de suite séduit dans cet instrument, c’est qu’il sonne comme deux : soit il joue les mélodies à l’archet comme un chanteur, soit il joue au doigt comme un bassiste. C’est d’autant plus flagrant que la tessiture de Clément est assez large vu qu’il joue d’un instrument à 5 cordes qui descend au Fa grave, donc quasiment comme un bassiste. Ajoute à cela divers effets aussi électriques que les miens et finalement, j’ai souvent l’impression que nous sommes en fait un quartet ;-)  !

Pareil pour Cédric Affre qui fut un ancien élève d’André Charlier dans cette même école. Ce dernier me l’a très vite recommandé quand il n’était pas disponible, puis, de fil en aiguille c’est devenu mon batteur régulier depuis quelques années. Il fait partie de cette génération de batteurs qui ont écouté et digéré tous les styles et sont capables de s’adapter dans la seconde à n’importe quelle esthétique.

 

4 – Dan (pour M&G) : Combien de guitares possèdes-tu ? Peux-tu nous parler un peu de chacune d’elles et de l’utilisation que tu en fais (scène, studio…) ? Quels amplis détiens-tu ? Utilises-tu des effets sur scène et en studio ? Si oui, lesquels ?

réponse Pierrejean G. : J’ai eu beaucoup de guitares depuis 30 ans mais n’ai jamais non plus été un collectionneur dans l’âme et n’ai pas une seule guitare de « valeur », type vintage. En fait, je les ai souvent choisies en fonction du projet du moment. Néanmoins, je commence mieux à cerner ce qui me convient maintenant. Aujourd’hui, j’ai 8 à 10 guitares pendues au mur chez moi mais je n’en n’utilise en général que 2 ou 3 pour chaque projet (une seule sur scène à cause des soucis de déplacement). Elles sont toutes assez différentes : j’ai d’abord 3 électriques un peu « Custom Shop » construites sur quasiment le même schéma, c’est à dire une caisse forme telecaster (qui me convient le mieux au niveau ergonomie), des micros Phat Cat Seymour Duncan (gros bobinage type P90) et un vibrato flottant (je pose souvent la main dessus pour moduler un peu mon son comme un « chorus » naturel. La dernière guitare en date est un kit Warmoth monté par les luthiers parisiens DNG et DID. Egalement, 2 Godin électroacoustiques (telebaggs et multiac nylon) qui trainent dans les recoins de tous mes disques, et une petite Martin avec laquelle je double beaucoup de parties d’accords, notamment dans les disques du trio actuel (j’ai appris ça de Pete Townshend et Jimmy Page pour grossir le son des rythmiques, c’est très efficace ;-)  !

Dans un registre plus inhabituel, j’ai une guitare baryton (accordée une quinte plus bas en La) Danelectron que j’ai découverte par hasard dans une boutique et que j’ai pas mal utilisé dans mon projet intitulé « La Fontaine et le Gaucher ». Je possède également une copie Jazzbass assez correcte et qui me sert parfois quand il faut juste se contenter de planter les toniques à la basse :-) !Pareil au niveau des amplis : j’ai eu beaucoup de choses diverses mais mon choix actuel s’est porté sur des petits combos à lampes hollandais dont j’aime le son et qui sont très complets au niveau connectique : le Koch Studiotone. Ce sont ceux que j’utilise sur mes derniers albums. En concert, quand je me déplace sans, les Fender Blues Deluxe me conviennent assez bien même si je préfère le grain des Koch.Concernant les effets, j’ai longtemps eu ma période « rack d’effets » avec pédalier midi, guitare synthé, etc… J’ai beaucoup utilisé entre autres le G Force de TC Electronics qui reste le top du genre pour moi, mais pas mal d’arguments m’ont poussé à revenir aux pédales ces derniers temps, à commencer par le poids des flight cases ! J’en ai eu marre d’enrichir mon ostéo pendant des années, surtout que l’on se déplace maintenant de plus en plus en train pour les concerts :-|  ! Plus sérieusement, l’envie de revenir à ces petites boites magiques de plus en plus performantes et créatives, correspond aussi au coté « seventies » du trio. Dans ce contexte plus improvisé, une boite/un son sont plus faciles à gérer pour moi que des effets en chaîne programmés dans des patchs. Sur le dernier disque, tu peux entendre diverses distorsions ou crunch (OCD Fulltone et MI Audio blueboy), delay T Rex Reptile et Memory Man, Tremolo Empress, ring modulator Moog…). Une des spécificités de ce trio, c’est qu’il n’y a pas de « vrai » bassiste. Aussi, je passe par un octaver Boss que j’enclenche à chaque fois que Clément est à l’archet, afin de « gonfler » mes cordes E et A pour occuper le « bas » dans le son du groupe.C’est très efficace, il faut seulement éviter de l’envoyer dans l’ampli. De fait, le sub de la pédale va directement dans la console en parallèle de mon son « normal ». Mais peut-être peux-tu conseiller à tes lecteurs d’aller jeter un oeil sur mon site pour découvrir un peu mieux l’ensemble de mon matériel, effets inclus ? J’y ai placé une page (équipement) qui passe tout ça en revue avec photos et commentaires. On peut visualiser également le teaser vidéo du dernier disque où l’on peut voir (et entendre) une partie de mon matériel.

5 – Dan (pour M&G) : L’audionumérique joue un rôle important dans tes compositions et il paraît qu’entre le Macintosh et toi, c’est une histoire d’amour qui dure depuis pas mal de temps … ça tombe bien, nous sommes ici sur « Mac et guitare » et nous pouvons donc tout nous dire à ce sujet :-D  !  Quel(s) Mac(s) as-tu utilisés et utilises-tu actuellement ? Avec quels logiciels travailles-tu ? Quelle est la place (l’intérêt) de l’audionumérique dans tes créations ?

réponse Pierrejean G. : J’ai été très vite séduit par ce nouvel horizon qu’offrait l’informatique musicale quand elle est apparue au milieu des années 80. Je me rappelle avoir craqué sur le premier Yamaha CX5 en 1985 , au salon de la musique. La semaine qui suivait, je m’endettais de 1000€ à l’époque afin de l’acquérir. Quand tu penses que pour ce prix, tu avais un outil antédiluvien qu’il fallait brancher sur ta TV avec une prise péritel et dont la capacité mémoire n’aurait même pas servie à stocker cette interview ! Mais le fait est que cela m’a tout de suite passionné et le disque d’Abus « jazz’n'roll » paru en 86 a été entièrement composé avec. Ce sont les sons de ce « jouet » que l’on entend sur les séquences de ce disque et j’ai adoré ça alors… même si je trouve ça parfois un peu kitch aujourd’hui ;-) ! J’ai même pris le risque de l’amener ensuite sur scène avec une petite TV portable, ce qui nous a valu parfois des sueurs froides quand les séquences ne chargeaient pas entre certains titres (lecteur cassette pour les données à l’époque, même pas de lecteur de disquette !). Je pense que l’on a dû être l’un des premiers groupes au monde (du moins en Jazz) à faire ça à l’époque. Puis en 88-89, quand l’Atari 1040 est apparu, ce fut la révolution : lecteur de disquette intégré, plus de mémoire, un vrai programme pour musicien (pro24), etc…

À la même époque, mon père qui était concepteur de stands d’expositions venait de s’équiper avec un Mac Classic et me charriait souvent sur mon Atari, persuadé d’être alors à la pointe du progrès. Je lui répondais simplement que je n’avais pas les moyens de mettre 3000€ (prix d’alors) dans cette petite boîte grise :cute:  !

Mais au début des années 90, j’ai vite compris que l’avenir se jouerait chez eux et le premier Mac que j’ai acheté (je crois) devait être un Performa. Pas le grand luxe mais le minimum pour continuer à faire du Midi dessus. C’est en 92-93 avec le premier disque du New Trio, que j’ai découvert les possibilités de l’audio-numérique avec le « Protools » naissant (4 pistes à l’époque :-) …) ! J’ai surtout très vite entrevu la liberté que cela allait me donner pour travailler sur mes productions en amont et après l’étape d’enregistrement studio. Dès lors, nouvelle phase d’investissement en rachetant un premier système d’occasion car cela restait quand même très cher à l’époque. Ainsi, pendant une bonne quinzaine d’années, j’ai fait évoluer mon matériel en rachetant à droite à gauche les anciens systèmes de certains studios quand ceux-ci étaient obligés de s’équiper avec les derniers modèles pour rester concurrentiels ;-)  !

De fait, au niveau des Mac, j’ai suivi quasiment toutes les gammes, du Power PC au Mac Pro, en passant par les G3, les G4, sans oublier les portables pour me déplacer. Je n’ai jamais fait le compte mais, à vue de nez, je dirais que j’ai bien dû avoir entre 15 et 20 Mac différents ces 20 dernières années. Pas étonnant que la « firme à la pomme » se porte bien financièrement vu que l’on a été nombreux à suivre cette course à l’armement :laugh:  !

En revanche, j’avoue me calmer maintenant. Je dirais même que leur politique commerciale commence sérieusement à m’agacer. Et même si je n’ai jamais été tenté par un PC (et ne le serai jamais je crois :-? …), je fais maintenant beaucoup moins l’apologie de « la Pomme » ! Sinon, pourquoi Mac et pas PC ? Tout simplement parce qu’au début des années 90, à part remplir une feuille de sécu, tu ne faisais pas grand chose sur un PC ! Ce n’est évidemment plus le cas et si j’avais 20 ans aujourd’hui, je ne suis pas sûr que j’investirais le double du prix dans une machine pour voir tourner le même programme :-) !

Coté logiciel, j’ai très vite commencé sur « Protools » et tous mes albums produits depuis cette époque sont archivés dans mes disques durs, je peux revenir dessus quand bon me semble, par exemple récupérer des sons, des idées ou rééditer d’anciens titres… C’est quand même plus pratique que de retourner en studio avec tes bandes sous le bras (et en espérant que celui-ci ait encore le même magnéto qu’à l’époque ;-) …) ! Encore une fois, il y a d’autres excellents softs aujourd’hui (j’utilise parfois « Logic »), mais « Protools » reste le précurseur et le plus « partagé » sur la planète musique, ce qui est important surtout quand on travaille/échange avec d’autres. Enfin, après avoir longtemps écrit ma musique au crayon sur papier, je suis assez vite passé aux logiciels d’écriture, pour choisir « Sibélius » aujourd’hui. Je pense qu’il me faudrait encore 4 pages pour te décrire tout ce que j’ai pu faire avec ces outils (et d’autres que j’oublie) mais la force et l’intérêt de tout ça se résume pour moi de cette façon : grâce à eux, je peux aller au bout de mes idées et les assumer totalement quand je les rends « publiques » alors qu’avant, je gardais souvent des frustrations parce que j’avais manqué de temps ou d’argent (pléonasme :-)…) pour rester plus longtemps en studio. Le seul bémol, c’est qu’avant je bouclais un disque en quelques semaines (maquette, enregistrement et mixage) alors qu’aujourd’hui j’y passe une bonne année ! C’est le piège de travailler ainsi chez soi avec ces outils : l’heure qui tourne ne coûte pas 100€, donc on se noie dans le perfectionnisme et des détails qu’on est souvent le seul à entendre !  Mais bon, quel sentiment de plénitude quand tu écoutes ton travail à la fin et que tu te dis : c’est exactement ce que j’avais en tête :-)  !

6 – Dan (pour M&G) : Quels sont tes centres d’intérêt en dehors de la musique ?

réponse Pierrejean G. : Garder du temps pour répondre à des interviews fleuves comme celles ci :-D  ! Plus sérieusement, une fille de 25 ans qui vit à Londres et démarre une carrière de graphiste (nous avons fait ensemble les 2 pochettes de « Melody Makers« ). Aussi, bricoler de mes 10 doigts (en essayant de ne pas les abîmer :-)…) soit en retapant des apparts/maisons au fur et à mesure de mes déménagements (la troisième en chantier dès cet hiver) ou en faisant du modélisme ferroviaire qui est ma marotte depuis l’enfance. La lecture de plus en plus aussi, car avec l’âge j’avoue qu’après une journée de musique (pratique, écriture, enregistrement….) j’apprécie de plus en plus le silence !

 

7 – Dan (pour M&G) : Par rapport à ton expérience du studio et de la scène, comment perçois-tu le monde de la guitare en France aujourd’hui (variété au niveau des jeux pratiqués, qualité des créations, salles dédiées et festivals, engouement du public…etc…) ? Comment définirais-tu ton propre public (des mélomanes, des amateurs de Jazz, des guitaristes, des oreilles « curieuses »…) ? Quels sont les guitaristes (français et étrangers) qui t’intéressent le plus actuellement ?

réponse Pierrejean G. : Plusieurs questions en une seule, et pas faciles ;-)  ! Pour commencer, je n’ai pas une expérience globale du métier, dans le sens où je n’ai jamais été vraiment « sideman », aussi bien dans mon style (Jazz/fusion), que dans la variété, la chanson, etc… Je veux dire par là que je ne fais pas partie des gens que l’on appelle pour des gigs ou des auditions. J’ai, en fait, toujours moi-même décroché le téléphone pour vendre mes projets, chercher des concerts, des festivals… Donc ce que je constate aujourd’hui, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux à faire ça et la concurrence est rude :-X  ! Surtout que le nombre de lieux où se produire n’a pas vraiment augmenté, juste évolué, et pas toujours en faveur des musiques purement « instrumentales ».

En plus, le développement des écoles de musique depuis une vingtaine d’années, a mis sur le marché un nombre sans cesse croissant de guitaristes avec un niveau technique qui n’existait pas à mon époque ! Quasiment n’importe quel gamin qui essaye une guitare dans un magasin te joue « Eruption » de Van Halen ou des phrases de Benson ! Pour autant, ce n’est pas la garantie d’une carrière facile, juste le minimum syndical pour espérer maintenant en faire son métier. Mais bon, le niveau ne cesse de monter et c’est aussi motivant que parfois décourageant surtout quand tu te retrouves avec, devant toi, des élèves qui font des trucs que tu ne comprends pas 8-)  !

Pour ce qui est des « grands » qui me nourrissent toujours, j’en ai déjà cité au début de notre échange. Pour les « français », on comprend que les américains nous envient des guitaristes comme Sylvain Luc, Bireli Lagrène, Marc Ducret ou Pierre Bensusan qui sont exceptionnels et j’en oublie… ! Pour ce qui est du contenu musical, je ne fais pas partie des nostalgiques qui regrettent la créativité des années 70 (que j’adore). Il y a pléthore de musiciens créatifs aujourd’hui avec une vraie personnalité. Le souci, c’est qu’ils ne sont pas médiatisés comme avant et sont noyés dans l’océan du Web, il faut juste savoir les dénicher. Dans les années 60-70, les Beatles, Led Zep, etc… étaient au Top 50 toutes les semaines et passaient souvent à la TV, du moins en Angleterre. Aujourd’hui, les rares bonnes émissions musicales disparaissent les unes après les autres (comme l’excellent « One shot » de Manu Katché sur Arte). On nous parle aussi de la « bonne santé » de la scène pour compenser la mort inexorable du disque, mais je crois que c’est un trompe l’oeil : les stars font de la surenchère dans des prix de places prohibitifs pour compenser leur baisse de revenus discographiques, pendant que la grande majorité (moi inclus) tournent avec des cachets qui n’ont pas bougé depuis les années 90 !

Sans compter une nouvelle génération de mélomanes (j’y inclus ma fille :-)…) qui considèrent que la musique est un « droit gratuit » et remplissent leur iphone de milliers de titres qu’ils n’ont pas toujours le temps d’écouter, ou alors en fond sonore permanent. Comment va-t-on faire alors pour financer nos disques des années à venir si rien ne peut rentabiliser leur coût de production (et je ne parle même pas de gagner de l’argent avec, juste de les financer :shock: …) ?

Bref, je ne voudrais pas casser l’ambiance de cette sympathique interview mais je ne suis pas d’un optimisme béat pour le devenir du métier de musicien. Mais je dois dire aussi que sans la « vitrine » d’Internet ces dernières années, mes disques n’auraient eu aucune chance de se balader à droite, à gauche, sur la planète comme c’est le cas aujourd’hui. Bref, Un monde disparaît et le nouveau n’est pas encore totalement défini et en place. Wait and see. Ce qui est sûr, c’est qu’il n’a jamais autant fallu y   »croire » pour continuer l’aventure :-|  !

8 – Dan (pour M&G) : Parlons un peu de ton dernier album « Melody Makers II »… Le premier opus de cet album avait déjà été apprécié par votre public et par la presse spécialisée, quelle fut alors la motivation du trio pour créer ce nouvel « épisode » :-))  : était-ce seulement l’idée de rajouter quelques compositions en cours d’élaboration ou bien désiriez-vous explorer de nouveaux horizons, proposer d’autres « images » sonores en exploitant les instruments d’une autre manière ? Bref, qu’est-ce qui a présidé à cette nouvelle réalisation ?

réponse Pierrejean G. : En fait, une fois le trio constitué, j’ai eu l’envie de l’axer esthétiquement sur la pop anglaise afin de retourner vers la musique avec laquelle j’avais grandi adolescent. C’est pour cela que le premier opus était uniquement constitué de reprises de titres plus ou moins célèbres de groupes qui ont marqué mes débuts de musiciens avant que je ne tourne mal en bifurquant vers le Jazz ;-) …) !

Mais en replongeant ainsi vers les Beatles, Led Zeppelin, Deep Purple, The Who, King Crimson et quelques autres, je voulais aussi trouver une approche personnelle, justement en me servant de ce vocabulaire musical appris en étudiant les grands du Jazz. Ce disque a reçu de bonnes critiques, justement parce que ce « mariage » semblait réussi, sans que cela donne du « Jazz-Rock » dans le vrai sens du terme. Puis, j’ai vite envisagé une suite tout en sachant que je ne ferais pas un nouveau lot de reprises. J’ai donc dit à mes acolytes : on a posé les bases du groupe en piochant chez les autres, bétonnons-les maintenant avec notre propre répertoire 8-)  ! L’idée était donc de composer un nouvel album, tout en m’inspirant de ces influences « british » que je revendique comme un héritage.

À cette occasion et pour la première fois, j’ai proposé à Clément (le violoncelliste) de partager avec moi tout le processus d’écriture, alors que d’habitude je compose toujours seul. Et crois-moi ce fut parfois dur, surtout quand tu es habitué à souvent tout contrôler :-|  ! Mais bon, j’avais aussi ce fantasme de la jouer « Lennon-Mc Cartney » et voir où pouvait m’amener cette façon de travailler à 4 mains, en espérant que la somme de nos idées nous amène plus loin que quand on est seul. C’est le cas à l’arrivée pour beaucoup de choses même si nous savons tous deux que nous aurions parfois opté pour des directions différentes si nous avions été seuls :cute:  ! Mais bon, ça valait manifestement le coup de tenter ça puisque l’ensemble des critiques sont encore meilleures que pour le précédent !

9 – Dan (pour M&G) : As-tu d’autres projets musicaux en cours ou à venir ? Possèdes-tu encore des compositions « dans le tiroir » ;-)  ? Si oui, ce serait toujours pour les réaliser en trio ou bien envisages-tu d’autres formules à l’avenir ?

réponse Pierrejean G. : J’avoue que pour l’instant je suis plutôt dans la dynamique « faisons vivre ce nouveau disque en le jouant sur scène le plus possible :-)) « . 

De fait, mes projets sont plus axés sur la diffusion de ce répertoire plutôt que sur un prochain que je n’ai pas encore en tête. Maintenant, cette musique peut vivre aussi à travers diverses formules : déjà, il m’arrive de jouer parfois certains titres en solo. Nous avions même, une fois, expérimenté le disque précédent en duo… donc sans notre batteur qui avait préféré partir aux urgences une heure avant un concert à cause d’une intoxication alimentaire :-)…) ! On a ainsi pris le risque de jouer en duo au pied levé et ça a très bien fonctionné pour le public comme pour nous. Donc, on le refera sûrement à l’occasion mais sans envoyer forcément Cédric à l’hôpital :laugh:  !

Enfin depuis quelques années, j’écris de plus en plus d’arrangements pour de grands orchestres et j’aime ça. Autant pour le plaisir d’écrire avec une palette instrumentale plus large, que pour celui de se retrouver sur scène au milieu d’une cinquantaine de musiciens !

Voici un lien vers quelques extraits d’un concert du trio avec ce type d’orchestre !

Par exemple, nous jouerons pratiquement tout l’album sur scène en mars 2013 avec un orchestre d’harmonie de Savoie, pour lequel je termine actuellement les arrangements. Mais avant cela, nous partons en tournée en Estonie pour 2 semaines fin novembre. Ce sera la première fois que ce répertoire sera joué sur scène car il n’avait d’abord été écrit qu’à l’occasion de l’enregistrement l’an passé. De nombreux concerts suivront en France à partir de février 2013. Bref, comme tu peux le constater, je n’ai pas trop le temps de penser actuellement à une « future » formule, celle-ci me donnant assez de travail pour l’instant :-) ! Mais c’est clair qu’elle existe déjà dans un recoin de ma tête (sans savoir quoi précisément encore) car j’ai toujours besoin de me renouveler pour avancer et me motiver.

10 – Dan (pour M&G) : Merci Pierrejean, ce fut un grand plaisir que de m’entretenir avec toi ! Je te remercie également, au nom de notre équipe et des visiteurs de M&G, pour le temps que tu nous as consacré ! Pour finir, nous comptons sur toi pour nous signaler régulièrement tes prochaines prestations et nous informer de tes dernières créations ! Amicalement – Dan

réponse Pierrejean G. : C’est moi qui te remercie de m’avoir ainsi permis de commencer à rédiger mes mémoires !

Là, j’ai bien déjà 2 à 3 chapitres qui sont prêts, non :-D  ?

Amicalement à toi et à tes lecteurs, et longue vie au site M&G ! Pierrejean

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