Il y a 2 mois environs, Doc Mac découvrait grâce à iTunes l’artiste Nantaise Dajla, environ une semaine après, tard dans la nuit un sujet passe sur Dajla sur une chaîne culturelle de la TV française. L’émission n’était guère passionnante, mais un extrait de concert très bref, marqua l’esprit du Doc, qui commença alors à se renseigner et surtout à se procurer le magnifique album Soul Poetry (Undercover/ Naïve) dont Dajla tient à souligner qu’il est l’œuvre de deux personnes (Dajla et Benji Bouton). Du point de vue de Doc Mac, cette parfaite alchimie entre Benji Bouton, (producteur (MAO), ingénieur (mix) et arrangeur / multi-instrumentiste) et Dajla qui a composé quelques titres sur cet album (Basse/Piano + écriture des paroles), fait de cet album une pièce unique et incomparable, c’est la raison pour laquelle nous vous proposons aujourd’hui...
L’Interview Dajla/Benji
Doc Mac :Bonjour à vous deux et bravo pour ce magnifique album digne d’une production made in USA ! En parcourant la biographie de Dajla sur son site , on comprend d’emblée le métissage des musiques qui font l’œuvre ... Cependant une biographie, n’étant qu’un point de départ, pouvez-vous tous les deux nous raconter votre rencontre et comment vous en êtes venu à concevoir « Soul Poetry » ?
Dajla : Je rentrais de quelques années de voyage, et posai mes valises à Nantes. J’y ai rencontré benji qui de son côté avait des compositions et cherchait une voix féminine, de préférence anglo-saxonne. J’avais moi aussi des textes et cherchais un partenaire pour m’aider à leur donner vie....
Benji : De mon côté après plusieurs années de travail avec des groupes d’horizons très divers, j’ai commencé à composer au sein du groupe de hip hop acoustique S.A.T. (Sumerian Atlantic Tribe), ce qui m’a convaincu de pousser plus loin le travail de composition et de production... La rencontre avec Dajla s’est faite à ce moment-là, grâce à Rubben, un ami musicien commun (excellent chanteur/compositeur, aujourd’hui guitariste sur scène avec Dajla). Elle avait un type de voix particulier qui m’a tout de suite touché.
Doc Mac :Comment c’est constitué le groupe de musiciens autour de Dajla ?
Dajla : Nous avons été selectionnés par Jean-Louis Brossard pour les Transmusicales de 2005 et pour cela, nous avons cherché autour de nous des musiciens qui pourraient entrer dans notre univers et retransmettre nos morceaux de manière fidèle et également originale...
Benji : Oui, nous avions très peu de temps, ce qui a accéléré les rencontres. Et nous avons eu la chance de trouver les bonnes personnes... d’abord Dadoo (David Le Deunff), guitariste/chanteur que l’on retrouve sur scène aux côtés du groupe Hocus Pocus, les frères Corbel, Hibu et Hikit, respectivement batteur et bassiste, une rythmique de choc ! et enfin Rubben, dernier arrivé, guitariste/chanteur également. Pour ma part je prends les claviers sur scène.
DocMac :Question à Dajla : Quelles sont tes influences musicales et au cas ou quel est ou sont tes bassistes préférés actuellement ?
Dajla : Mes influences musicales sont très diverses : je les dois avant tout à mes parents, mon père en particulier, grand fan de James Brown, et des grands du jazz et de la soul...Ray Charles...Ma mère fervente admiratrice des Stones, Prince...ça donne des bases solides quand on est enfant ! Sinon, l’apprentissage du classique et du jazz au conservatoire, la découverte de la fusion avec ma rencontre avec Fishbone à 18 ans, ma période Red Hot, Living Colors...et bien sûr le rock steady et ska que j’ai pratiqué à Londres en tant que clavier avec le groupe One Hundred Men...mon amour pour le hip hop dans les années 90, De La Soul, Public Enemy... mes voyages à Londres en pleine explosion Jungle et Acid Jazz...J’ai eu la chance d’être initiée au p-funk par mes amis funkateers de Rennes, les Fameuses Flemmes et par le pape du genre à Paris, Monte Cristo (du label Kraked) qui m’a présentée à Georges Clinton, Cameo, et autres Bootsy Collins et Amp Fiddler...les enfants de Prince ...Puis mes goûts se sont affirmés autour du renouveau soul « nu soul » ou encore « neo soul » de ces dernières années avec les artistes phares du genre tels que D’Angelo, Raphael Saadiq, Dwele ou encore Lauryn Hill, Jill Scott, Erykah Badu, tous emprunts de Stevie Wonder bien sûr...et les précurseurs avant-gardistes hip-hop tels que Platinum Pied Pipers, SaRa Creative Partners et Madlib, le regretté Jay Dee aka J. Dilla...qui ont su faire bouger le rap/ hip hop vers le funk, l’electro, le jazz...j’ai dernièrement découvert le travail de Dwight Trible un grand chanteur jazz américain qui s’est associé avec les artistes sus-nommés pour un magnifique album spoken word hip-hop/ jazz « Love is The Answer » (Ninja Tune)...Nous l’avons rencontré aux Transmusicales...C’est trop long tout ça car la musique n’a pas de limites et c’est très important pour moi d’avoir eu toutes ces influences pour me construire...se limiter à un genre (défini par le marketing le plus souvent...) c’est comme si un archéologue n’avait étudié que la région polaire ou antarctique pour se consacrer à l’histoire du monde...à mon avis pour comprendre quelque chose il faut en faire le tour..ou du moins se baigner de toute cette musique noire pour moi, même Si du coup tant de données vous rendent la tâche plus difficile lorsqu’il s’agit de trouver « sa » patte, sa touche, son unnivers musical et dieu sait que c’est difficile aujourd »’hui de sortir du lot, de créer quelque chose d’original...j’ai peut être mis plus de temps que d’autres mais j’vais besoin de vivre tout ça pour comprendre où je voulais aller....et lma rencontre avec Benji à bien aidé à cibler cette voie. Pour reprendre ta question au sujet des bassistes, je n’ai rien ‘un freak basse magazine etc etc mais je citerai trois noms : Norwood Fisher de Fishbone (normal !) Me’Shell Ndegeocello (tout !!) et Victor Wooten ! (le maître)...j’ai moins écouté les Jaco et compagnie, car peut être trop dans la performance pour moi, j’appréhende la musique différemment...
Doc Mac :Question à Benji : Mac & Guitare étant un site qui traite du Mac et de la guitare ?, il est naturel pour nous de t’interroger sur tes choix et les raisons de ces choix en matière d’informatique musicale, alors peux- tu ici nous livrer quelques petits secrets ?
Benji : Bien sûr, ce ne sont pas des secrets ! Par affinité j’ai toujours travaillé sur Mac, qui semble indissociable de la production musicale sur ordinateur... côté logiciel, je travaille essentiellement avec Digital Performer et Peak. Sébastien Condolo, qui m’a initié à l’informatique musicale, travaillait sur DP c’est pourquoi je suis resté fidèle à ce logiciel, même si Pro Tools fait tout aussi bien. Le disque Soul Poetry de Dajla a été fait sur mon iBook G4 avec une carte son MBox, dans mon salon ; malgré le manque de moyens, nous sommes plutôt fiers du résultat si on doit se comparer aux poids lourds de la production.
Doc Mac :Après avoir interrogé pas mal de monde au sujet de Dajla, il semble que depuis la sortie de Soul Poetry, l’accueil de cet album aussi bien du côté professionnel que des simples auditeurs passe comme un rayon de soleil. Comment expliquez vous cette unanimité autour de Soul Poetry ?
Dajla : c’est dur pour nous d’évaluer notre musique et de comprendre mais à force d’avoir du retour de nos fans et fervents admirateurs (! ) je dirai peut être l’envie d’un retour à une musique sincère, et détachée des chalalas jusqu’à présent très forts dans le rap/hip hop et R’nB en France....nous n’avons jamais vraiment eu d’artistes à proprement parler « Soul » en France, et l’industrie s’est uniquement penchée vers du lourd rap US gansta, R’nB soupe et pseudos divas alors que les gens sont vraiment à la recherche d’une soul simple, inspirée et proche d’eux. Je n’ai pas la prétention d’une Mariah Carey ni les épaules ou la voix pour, mais je chante juste avec mon cœur, mes expériences parfois douloureuses, l’amour, la foi en quelque chose de meilleur (dans tous les domaines !) et des textes dans un anglais relativement simple (les textes sont dans le livret du CD !) pas uniquement axés sur les love story mais aussi sur l’actualité....bref la Soul, c’est l’émotion, et c’est la première chose dont on nous félicite après les concerts, cette émotion qui passe à chaque chanson...Ce que j’ai remarqué aussi c’est que notre musique franchit les barrières de l’âge, des générations et des styles musicaux....à nos concerts, on trouve aussi bien des ados branchés hip hop (les prods et arrangements de Benji sont très léchés et je m’adonne au spoken word ou « slam » ) que les fans de soul à la Diana Ross ou à la Motown 70’s que les adeptes du mouvement nu-soul dont j’ai parlé plus haut.. on arrive à mettre tout le monde d’accord et c’est le plus beau cadeau pour moi...cela n’est pas si surprenant car cela reflète notre amour pour toutes les musiques... c’est normal de retrouver ce métissage devant la scène..
Benji : ... tout est dit ! Dajla porte en elle une sincérité, une franchise qui m’ont également beaucoup ému la première fois que je l’ai vue sur scène. C’est rassurant de voir que beaucoup de gens ressentent la même chose à l’écoute du disque !
Doc Mac :L’exercice que représente le fait de mélanger Jazz/Soul/R&B, n’est pas une mince affaire surtout pour arriver à un résultat aussi abouti que le votre. Pouvez - vous nous expliquer votre méthode de travail aussi bien du côté musical que du choix des textes qui nous changent de la brutalité quotidienne ?
SOUL POETRY EST RECOMMANDE PAR MAC & GUITARE
Dajla : Pour ce qui est des musiques, nous nous partageons le travail ! Je compose les titres les plus « chanson » parfois au piano, parfois à la basse...Puis j’écris les textes que m’inspire la musique...J’ai une source inépuisable : les médias...j’allume la tv, je suis choquée par la tournure des événements, cela m’inspire bien sûr. Il y a aussi mes expériences humaines ou celles dont je suis témoin...
Benji : Pour le choix des textes, c’est vrai que les ressources sont inépuisables...Côté musique aussi en fait, car nous ne puisons pas que dans le Jazz, la Soul et le R&B, mais dans plein d’autres styles aussi qui nous touchent autant, le rock de Led Zep ou Jimi Hendrix, le hip hop des Roots, de Common, le blues de Ali Farka Toure, le reggae, le ska...
Doc Mac :Alors qui influence qui ?
Dajla : Nous nous influençons l’un l’autre ! Nous avons besoin de l’autre pour chaque étape... Benji : c’est vrai, nos influences sont très complémentaires...comme nos discothèques.
Doc Mac :Je n’ai malheureusement pas encore eu la joie de vous voir sur scène, cependant j’ai contacté plusieurs personnes qui ont assisté à vos concerts. Pour faire simple, les mots qui revenaient le plus souvent étaient « C’est de la bombe ! , Génial ! , etc. », la encore poudre magique déversée sur le public ou arrivez vous à ce point à transporter la magie de votre album sur scène ?
Dajla : là il faut tirer chapeau bas à nos musiciens et à Benji qui participe des arrangements en répétition. Nous répétons beaucoup, nous portons beaucoup d’attention à l’adaptation des titres en live, nous sommes portés par les artistes soul qu’on admire et qui ont laissé des traces indélébiles dans nos esprits...Nos musiciens (David Le Deunff : guitare/ Rubben Rapp : Guitare/ Hikit et Hibu Corbel : basse et batterie avec Benji aux claviers) font l’effort de vraiment rentrer dans notre univers, nous nous connaissons depuis longtemps et avons des sensibilités communes en musique...et moi je m’efforce une fois sur scène de faire passer un maximum les émotions que je ressens, le message contenu dans la chanson....je suis à fond, pour moi il n’y a pas d’autre moyen...le public aussi me transporte et me transcende...
Benji : Le live est hyper important pour nous, c’est la raison d’être d’un disque. Les groupes que nous admirons le plus font des prestations magiques sur scène, et c’est à cela qu’on travaille !
Doc Mac : Question instrument à corde (pour Dajla) Nombreux sont ceux qui aimeraient savoir, alors peux-tu nous dire quelle Basse tu utilises et la raison de ce choix ?
Dajla : J’utilise la Fender Jazz Bass de Benji et j’ai aussi une Fender Précision et une vieille Peavey vintage T40 ... les photos suivront... ! Quant à Benji, (il fait quasiment toutes les parties de guitare sur l’album et aussi certaines parties de basse !) il joue sur une guitare magnifique Gibson SG60 récupérée à Londres... c’est le son qu’il nous faut !!!!
Doc Mac :Merci à tous les deux pour m’avoir accordé un peu de votre temps, en espérant pouvoir vous voir au Mans très bientôt et tous mes vœux de succès pour Soul Poetry !